Sauver la planète, changer nos modes de vie, quels gestes au quotidien ?

Le Foyer de la Duchère à Lyon a organisé une soirée de débat le 17 janvier 2019 sur l’écologie. Ci-dessous son compte-rendu avec les interventions de Christian Bouzy (Pasteur de la Fraternité), Bernard BRILLET ancien inspecteur général au ministère de l’Ecologie et du Développement durable et membre du Comité national de la Mission populaire, et des acteurs locaux du Grand Lyon, et de la Duchère notamment , Coraline JOLY du Centre social sauvegarde, responsable du développement durable, Jocelyne MICHEL de l’association Vrac, Rachida FERES responsable de vêti-Duch, Jordan OMINETTI engagé dans « mouvements de pallier » et zéro déchets, Solène VERSTRAETE de l’association ALTERNATIBA).

Un document pédagogique pour entrer dans ces questions !

Accueil et introduction (C Bouzy)

Le sujet qui ns réunit est d’une importance capitale. l’équipe de préparation a mis ce sujet sur la table depuis quelques temps déjà. L’un d’entre vous a fait cette remarque en lisant l’intitulé « sauver la planète…. » : on devrait plutôt dire « sauver l’humanité », car « la planète d’une façon ou d’une autre s’ en sortira mais l’humanité elle pourrait bien disparaître un jour…. ». Mais il n’y a pas que la vie humaine à préserver, un grand nombre d’espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction (animales ou végétales). C’est la vie sous toutes ses formes et telle que nous la connaissons aujourd’hui qui est menacée. Et donc la principale la question qui se pose : que faire  La question se pose au niveau des Etats et des instances qui nous gouvernent (national, européen..), mais aussi à notre niveau : chacun en tant que citoyen, individuellement et collectivement. Un écueil à éviter : le catastrophisme ou le fatalisme qui consisterait à dire : on va droit dans le mur et on ne peut rien faire ! C’est un phénomène d’une ampleur qui nous dépasse ; on est impuissant. Tous les scientifiques s’accordent à dire que l’activité humaine est responsable pour une grande part de la situation. Donc cela signifie qu’on peut agir. Face au réchauffement climatique, face à la pollution de l’air et de l’eau, face à la disparition de nos ressources naturelles, face à la disparition de certaines espèces et aux menaces qui pèsent sur la diversité, il y a des choses a faire. On ne peut tout attendre d’en haut. Il s’agit de se retrousser les manches chacun à son niveau pour chercher des solutions.

J’ai le plaisir d’accueillir avec vous nos intervenants et de vous les présenter :

Bernard BRILLET ancien inspecteur général au ministère de l’Ecologie et du Développement durable qui va proposer une analyse de la situation dans un premier temps, puis en fin de soirée il ré interviendra pour une synthèse sur les actions possibles et souhaitables.

Nous avons plusieurs acteurs locaux du Grand Lyon, et de la Duchère notamment :

Coraline JOLY du Centre social sauvegarde, responsable du développement durable

Jocelyne MICHEL de l’association Vrac.

Rachida FERES responsable de vêti-Duch.

Jordan OMINETTI engagé dans « mouvements de pallier » et zéro déchets.

Solène VERSTRAETE de l’association ALTERNATIBA)

Exposé : Que faire ?

« Agir local », s’investir, pourquoi, comment ? (Bernard Brillet) 

1 – Des enjeux globaux pour l’Homme

Pauvreté et pollution dans le monde

  • 10% de la population vit dans l’extrême pauvreté avec moins de 1.95 dollar, 41% sont en Afrique
  • 50% n’ont pas de compétence scolaire minimale
  • 70 millions de migrants
  • 2/3 à l’intérieur des frontières de leur pays
  • 85% dans les pays limitrophes
  • 7 millions de décès à cause de la pollution atmosphérique ; 91 % de personnes exposées
  • 1.6 millions de décès par « manque d’hygiène : eau, toilettes »
  • 1 /3 déchets non gérés : envahissement de plastiques
  • Modification de la fertilité : perturbateurs endocriniens

Environnement et climat

  • L’empreinte écologique varie de 1,9 planète

à 5 planètes selon les pays

      • La gestion de l’espace : artificialisation des sols trop importante
  • Rareté des ressources
  • Eau douce, air sain, sols biologiques
  • Ressources minérales et énergétiques
  • Civilisation de l’énergie fossile : 4 secteurs qui consomment beaucoup d’énergie fossile : Transport, Logement, Agriculture, Industrie.
  • Production et consommation : déchets/ pollution chimique qui menacent notre santé
  • Augmentation des gaz à effet de serre(GES) qui entraine une augmentation du nombre et de l’intensité des phénomènes extrêmes(inondation, tempête, sécheresse)

Tout cela entraîne

– une terre appauvrie et perturbée

  • Des effets sur les plus pauvres
  • Une dette écologique + dette financière
  • Un effacement de l’intérêt pour les biens publics

Enjeux émergents

  • L’intelligence artificielle (gestion numérique, biotechnologies) entraine des changements
  • La nature des emplois et problèmes sociaux
  • Changement (civilisationnel ?) possible
  • L’idée de progrès à revisiter

2 voies extrêmes

  • Une société qualitative du bien vivre et de l’autonomie  locale avec renaissance des communs, la frugalité mais aussi l’entraide
  • Une société technologique et financière avec des gouvernances autoritaires (Chine).

2 – Nos modes de vie, sources de périls

Comportements collectifs

COP21 : engagements <+2°C en 2100 mais engagements insuffisants et non respectés.

COP 24 constate que l’augmentation de la température pourrait être de 3,2 °C

Jouer sur 2 leviers : moins émettre et s’adapter

56 pays sont responsables de 90% des émissions de GES (La France en 21ème position dans l’ordre des responsabilités)

Modifier les modes de consommation individuels dans les Transport, Logement, Agriculture, Industrie

Un outil collectif : la taxe carbone à condition d’en redistribuer 50% aux plus pauvres et 50 % innovation.

Consommation alimentaire

La surconsommation de viandes à des effets sur : sauvegarde planète, santé, respect vie animale.

  • Elevage industriel 90% et environnement
  • Produit 15% des GES
  • 1 protéine viande nécessite 10 fois + de surface de culture qu’1 protéine végétale assimilable et 20 fois plus d’eau
  • La surpêche détruit les écosystèmes de fond extinctions écologiques.
  • Santé des personnes : risques avérés cardiovasculaires, diabète, obésité : 6 à 10 % mortalité si suppression.

La souffrance animale dans les élevages intensifs

  • Intérêt individuel et collectif à modifier nos pratiques alimentaires + de végétal, + de local (GES, moins d’aliments transformés)

3 – S’engager dans la Transition écologique et sociale

La limite des pouvoirs globaux

  • Visions partagées (dette écologique, dette publique) mais les enjeux sont lointains (temps et espace), pour chacun peu visibles.
  • Les régulations au niveau global sont faibles
  • Les contraintes économiques et sociales privilégient le court terme

Lobby, consumérisme → politique

  • Seule issue l’engagement et l’action locale/ territoriale

Le sens de l’engagement

  • Penser global et agir local toujours (…) d’ici et là bas, le court et le long terme
  • Revisiter le consumérisme
  • Réhabiliter les biens communs : + (…)

Ressources naturelles et services collectifs

  • Veiller à la cohésion sociale et à la solidarité
  • Viser le bien vivre qualitatif et l’autonomie

Plaidoyers citoyens

  • Porter une parole collective dans la sphère démocratique et accélérer le changement des mentalités (beaucoup d’initiatives)
  • « L’affaire du siècle » 2 millions de signatures.
  • Le glyphosate
  • Le Lundi vert
  • Avancées juridiques à soutenir : crime écocide à la CPI
  • Désobéissance civile « We don’t have time » marcher pour le climat 
  • Participation au grand Débat

Si on ne fait rien, cela sera pire !

Investir villes et villages

  • Participer à la démocratie et à la vie locale : transport, logement, urbanisme, déchets, pistes cyclables, photo, (éco quartiers ?) électrique, cantines, (…)
  • Engager des dynamiques collectives
  • Lutte contre le gaspillage et favoriser la redistribution alimentaire, vêtements
  • Création de jardins partagés
  • Favoriser le vivre ensemble, les périls peuvent être une chance pour refonder la qualité des réseaux locaux, la vie de quartier.

Vivre en cohérence

Développer sa capacité d’entraînement et sa responsabilité.

  • Réduire son empreinte écologique et consommer avec raison.
  • S’informer, se former et transmettre.
  • Rétablir le lien spirituel avec la nature : le vivant, sa diversité, sa beauté.
  • Entretenir les liens sociaux qui réjouissent davantage que l’accumulation des biens.

Conclusion

Témoignages d’acteurs locaux de la Duchère ou du grand Lyon

  1. Présentation de Vêti-Duch (vestiaire solidaire) par Rachida FERES

Si vous passez devant le 311 bd Sakharov, arrêtez-vous et entrez. Vous ne le regretterez pas et reviendrez sûrement! Sur la porte, une pancarte artisanale : « Vêti-Duch », vous accueille. Une dizaine de bénévoles, très motivées, se partagent trois permanences par semaine dans ce petit local, dépendant du Foyer Protestant. Rachida, déjà très investie au Foyer et sur le quartier, est responsable de la marche de ce vestiaire. Sa compétence et son humour sont inépuisables en toutes circonstances : « Si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer », dit- on autour d’elle !

Ce vestiaire répond à deux objectifs :

  • Un objectif écologique : Nous recyclons les vêtements qu’on nous apporte pour leur donner une 2° vie. Pour cela, nous les remettons en état si nécessaire ( boutons changés, ourlets remis, fermetures éclair changées etc….) avant de les revendre à très très petits prix , même s’ils sont parfois presque neufs: Ex : 3 pantalons pour 1 € !

Ceux qui sont inutilisables sont envoyés à un « Relais » qui les transforme en matériel d’isolation ou en vêtements ouatés, doudounes, couettes ou autres.

Pour les réfugiés ou personnes en grande difficultés, munies d’un mot de leur assistante sociale, la gratuité est de mise, la première fois.

  • Un objectif relationnel : nous essayons de favoriser la communication, de créer du lien social entre ceux qui fréquentent le vestiaire, qu’ils arrivent du quartier, d’un autre arrondissement, ou de la région. Nous constatons, en effet, que des personnes reviennent facilement nous trouver, parfois simplement pour le plaisir d’en rencontrer d’autres. En effet, certaines souffrent d’isolement et ont donc un grand besoin d’écoute et de partage. Nous en orientons aussi vers des structures d’accueil : Secours Catholique, Foyer protestant, Centres sociaux etc …. Tout cela dans une fraternité conviviale où, essayages, partage des nouvelles ( deuils, naissances, projets de transformation du quartier) ont leur place.

Tout se passe dans un joyeux brouhaha – en langues diverses-…. Avec, en fond de toile, les cris des enfants !

  1. Présentation de l’axe développement durable du Centre social sauvegarde par Coraline JOLY

Le Centre Social de la Sauvegarde, dans le cadre de l’écriture de son projet social qui se renouvèle tous les 4 ans , a décidé d’écrire un Agenda 21 afin d’impliquer le développement durable à tous les niveaux : social, économique et environnemental. Le Centre Social accueille déjà de nombreuses initiatives et projets pour sensibiliser les habitant.e.s au développement durable, avec l’accueil de l’association VRAC, les jardins, les ateliers cuisine avec des produits bio et locaux, les ateliers astucerie (fabriquer soi-même des produits ménager, savons, cosmétiques avec des produits bio), ateliers bricolage, ateliers mécanique (réparation de vélos), mobilité : groupe de marche et de vélos. Un nouveau projet est en développement sur la Duchère, lancer un « Repair Café Mobile » qui est un atelier de réparation d’objets électroniques afin d’éviter de jeter et de racheter. Pour rejoindre le projet contacter le Centre Social de la Sauvegarde ou la MJC Duchère, nous sommes à la recherche de bénévoles qui ont des compétences en réparation ou l’envie d’apprendre et de partager.

Retrouvez toutes nos informations sur notre site internet : https://www.centre-social-sauvegarde.com  

  1. Présentation de l’association VRAC par Jocelyne MICHEL

Elle a été créée en 2013 à l’initiative du bailleur Est Métropole habitat afin que les locataires aient accès à des produits de qualité, par souci de leur santé, rejoint par la Fondation Abbé Pierre dans le cadre de la lutte contre l’isolement. En 2014 est embauché Boris Tavernier en tant que chargé de projet. Aliade habitat apporte son soutien humain et financier. A ce jour il y a 5 salariés, 2 service civiques, 1000 adhérents répartis dans les quartiers populaires du Grand lyon, dont le quartier de la Duchère. La mission est de lutter contre les inégalités en agissant sur 4 axes :

– économique : pouvoir acheter des produits bio et locaux à des prix accessibles (achat en grosse quantité et limitation des emballages…)

– social : lutter contre l’isolement, développer entraide et coopération

– santé ; lutter contre l’obésité et le diabète

– environnement : réduire la production de déchets (peu d’emballages,) et développer les circuits courts et les produits écologiques

Chaque adhérent paie une cotisation de 1€ pour les quartiers et 20 à 30€ dans les autres quartiers, puis adhère à une charte et s’engage à participer à la prise de commandes et la distribution. Le jour de livraison, chacun s’en tient aux quantités commandées. En partenariat avec les quelques structures (Centres sociaux, bailleurs, MJC, écoles et collège, mairie de lyon, etc. 😉 sont proposées des animations (ateliers de sensibilisation, sorties chez les producteurs, etc…).

  1. Présentation de Mouvements de palier par Jordan OMINETTI

Jordan présente l’association Mouvement de Palier. C’est une association qui a pour but de former des habitants d’un immeuble ou d’un quartier aux bonnes pratiques du tri des déchets uniquement sur la métropole de Lyon. Une fois formés, ces habitants repartent avec une affiche récapitulant toutes ces bonnes pratiques et peuvent l’afficher à l’accueil de leur palier après concertation avec les voisins et bailleurs. Plus qu’un but informatif, cette affiche est le début d’un processus d’accompagnement au tri des déchets avec ses voisins et un prétexte pour créer du lien social local (distribution stop pub, visite du composteur de proximité, l’astuce de tri du mois…). Les habitants sont ainsi accompagnés par l’association pour organiser ces moments là et partager leurs expériences avec d’autres bénévoles. Pour plus d’informations sur les actions et formations de l’association, c’est par ici : http://www.mouvementdepalier.fr/

  1. Présentation d’ALERNATIBA par Solène VERSTRAETE

Echanges par groupe et par table

Et nous qu’est-ce qu’on fait ? actions proposées et classées par ordre de priorité : pour la mise en commun, on en retiendra 2 ou 3 ; chacune sur un post’it .

Mise en commun pour des actions précises (3 par table)

En lien avec les déchets

  • Acheter là où il y a du vrac et des produits locaux, et dans les autres magasins refuser les emballages autant que faire se peut, boycotter les produits surenveloppés
  • Installer des composteurs partout (les réclamer à la Métropole) et créer une activité d’animation des composteurs par des personnes en parcours d’insertion
  • Multiplier les rencontres de sensibilisation/formation pour consommer autrement et mieux gérer nos déchets
  • Généraliser l’utilisation de vermi-composteurs de salon pour recycler cartons ondulés, épluchures, marc de café etc
  • Créer des ateliers d’insertion pour recyclage d’objets et fabrication de contenants
  • généraliser l’utilisation de consignes pour les bouteilles ou contenants en verre
  • récupérer les bouchons de bouteilles avec l’association Yoyo

Réduire les transports en consommant local et…

  • Acheter les légumes de saison aux producteurs locaux
  • Utiliser les commerces de proximité plutôt que les supermarchés
  • Eviter l’avion, privilégier les petites distances, les transports en commun (en instaurant une gratuité) et surtout le vélo, la trottinette, la marche à pieds
  • Créer un système pédibus….

Pour baisser notre consommation d’énergie et notre consommation d’eau

  • Favoriser les investissements pour l’isolations des maisons et immeubles anciens
  • Baisser son chauffage même s’il s’agit d’une chaufferie collective
  • économiser l’eau en la réutilisant plusieurs fois pour la vaisselle, l’arrosage etc.
  • Diminuer la consommation d’électricité, en utilisant des ampoules à basse consommation, les systèmes d’interrupteur automatique, en évitant de laisser en veille ordinateurs ou appareils électriques
  • Prendre un fournisseur d’électricité s’inscrivant dans le développement durable
  • Manger moins de viande car l’élevage consomme d’énormes quantités d’eau et d’énergie

Synthèse avec Bernard Brillet

Conclusion de Christian 

Ce débat doit être utile : les propositions que nous avons faites, on ne va pas les oublier, on va s’en servir de plusieurs façons :

  • en réinjectant nos propositions dans le cadre du grand débat national
  • en proposant une feuille de route au niveau du foyer
  • en prenant des résolutions chacun individuellement